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mer 01 fév
Pornographie Versus Phonographie
En janvier, environ 900 vidéos ont été achetées dans le vidéo-club du Journal du Porn. Soit un chiffre d'affaire de 646 euros.
Je suis toujours fasciné par le nombre de personnes qui achètent des vidéos alors que je propose assez de vidéos gratuites pour satisfaire la libido de ces garçons (et de ces filles). De plus ces vidéos payantes sont facilement téléchargeables gratuitement sur n'importe quel P2P. Alors je m'étonne chaque jour que des gens puissent encore payer pour pouvoir télécharger des vidéos porno.

En fait j'ai recréer à mon échelle un phénomène utilisé depuis des années par l'industrie pornographique. En diffusant massivement du contenu gratuit sur internet, ils créent un intérêt pour leur contenu. Au final l'utilisateur paye pour avoir la dernière vidéo exclusive, de meilleure qualité, plus accessible. Il y a sûrement plus de vidéos porno qui circulent sur les P2P que de musiques, pourtant le chiffre d'affaire de l'industrie pornographique est estimé à plusieurs milliards de dollars.

Dans leur livre "The Future Of Music", David Kusek et Gerd Leonhard conseillent à l'industrie musicale de prendre exemple sur l'industrie pornographique (désolé, j'ai la flemme de traduire) :
"Technology has completely transformed the porn business and the way that customers acquire the products or services. It is time to rethink the models for doing business between musicians and fans, in order to take advantage of the relationships that can be formed. Niche marketing will certainly become a dominant way for musicians to reach their audiences, in much the same way that porn reaches its audiences."
En ce moment les producteurs alertent sur un point fondamental de l'industrie musicale : Il faut des moyens pour produire de nouveaux artistes, fabriquer des maquettes, monter des concerts. Cela coûte sûrement plus cher de fabriquer un CD que de fabriquer une vidéo porno. Malgré cela voici quelques leçons que je garderai de mon expérience du marketing pornographique.

ACCESSIBILITÉ :
Pour acheter une vidéo sur le Journal du Porn, vous devez composer un numéro de téléphone. Puis entrer le code qu'on vous fournira pour télécharger la vidéo. Tout cela se fait anonymement, à aucun moment vous ne devez donner une information personnelle. Durée ? pas plus de 2 minutes.

Pour acheter un MP3 sur iTunes, sans parler de l'application qu'il faut télécharger, il faut remplir des formulaires d'inscription, donner son numéro de carte bleue, etc... Forcement cela ne donne pas envie d'acheter légalement, d'autant plus que le MP3 est téléchargeable gratuitement à quelques clics de là. Et sans DRM...

L'industrie musicale devra rapidement améliorer ce point si elle veut avancer. Il suffit de voir la simplicité pour acheter une sonnerie de téléphone (pour le prix de 3 MP3) pour voir combien l'accessibilité est un point primordial.

PROMOTION :
Il peut s'écouler plusieurs mois entre le moment où une vidéo porno sort en DVD et le moment où elle est disponible sur les P2P. C'est pendant cette période que la plus part des DVD sont vendus. Pour accentuer ce phénomène les boites de production pornographique font monter la sauce à l'aide de site "teasing". Le site PiratesXXX était en ligne pratiquement 6 mois avant la sortie du DVD. Vous aviez accès aux bande-annonces du film, des making-off et même des fonds d'écran. L'info était reliée par tous les blogs (y compris le JDP). De tel sorte que le jour de sa sortie les fans avaient déjà la carte bleue sortie pour acheter le DVD.

Côté promotion l'industrie musicale est un peu rouillé. Je n'ai pas vu de concept novateur apparaitre ces dernières années. Par exemple je suis fan du groupe Primal Scream. J'ai lu dans un magazine qu'ils devaient sortir un album en début d'année. Pourtant je ne trouve pas d'information sur ce nouvel album. Pas d'extrait ou d'écoute en basse résolution. Pas d'abonnement à une newsletter me permettant d'être tenu informé sur la sortie. Est-ce que je payerai pour avoir l'album en exclu ? la réponse est oui. (le site officiel est planté à l'heure où je vous parle).
Comme d'habitude je vais attendre que le CD promotionnel (envoyé aux journalistes avant la sortie) soit disponible sur un P2P. Est-ce qu'au final j'acheterai le CD ? Non.

Pourtant on l'a vu avec Clap Your Hands Say Yeah et Arctic Monkeys, le buzz numérique a permis à ces groupes de vendre plusieurs dizaines de milliers d'albums (à lire).

INNOVATION :
L'industrie pornographique a une faculté étonnante à proposer des formats adaptés pour chaque nouveau support. Dès que la Playstation Portable est sortie, Playboy proposait déjà des photos, gratuites ou payantes, au format PSP. Pareil chez les opérateurs téléphoniques qui proposent des vidéos porno spéciales pour téléphone portable. Le marché du porno cellulaire est en plein explosion.

Qu'est ce que l'industrie musicale propose à part des CD ou de la musique DRMisé ? Pourquoi je ne peux pas télécharger la musique que j'aime sur mon téléphone portable (qui se transforme de plus en plus en baladeur) ?
Pourtant l'innovation ne manque pas question musique : Fraunhofer (l'inventeur du MP3) vient de sortir le MP3 Surround 5.1 et Creative parle même d'un son surround 7.1.
Est-ce que j'achèterais le MP3 de David Bowie en 5.1 ? Oui.

AFFILIATION :
Pour vendre des vidéos sur le JDP, j'utilise un système de vidéo à la demande en marque blanche. A chaque fois que je vends une vidéo porno, je touche 40% de la vente. Si je fais la promotion d'un site porno et qu'une personne s'y inscrit, je touche 50% de son inscription. Soit environ 12 euros. Ce système de rémunération permet a l'industrie pornographique de se créer une immense boutique virtuelle dans le monde entier. On ne compte plus les blogs qui font la promotion de tel ou tel site porno, avec des images gratuites en vitrine.
Chaque jour je reçois 3 ou 4 mails de sites porno qui m'envoie de nouvelles photos à mettre sur mon site. Vous pouvez même contacter les webmasters de ces sites via ICQ si vous avez des problèmes. Une vraie relation privilégiée.

Si je fais la promotion d'un artiste sur Mubility et que vous achetez son CD sur Amazon. Je touche 5% de la vente. Soit 0,7 euros. Si vous préférez acheter le MP3 sur iTunes, je vais gagner 5% de 1 euro. Soit 0,05 euro. Vous comprenez pourquoi je préfère faire le Journal du Porn plutôt que la Blogothèque ?
Non seulement il n'y a aucune récompense pour ces nouveaux canaux de promotion mais aussi aucune reconnaissance. Avec des projets de loi comme DADVSI, les blogs musicaux ne se sentent pas vraiment aimés.
-

D'un côté on voit une industrie pornographique en plein essor, qui a integré depuis longtemps le phénomène d'échange gratuit sur internet. Qui s'en sert efficacement pour faire la promotion de ses contenus et de ses services.
D'un autre côté une industrie musicale qui dresse des murailles légales pour protéger son modèle économique éculé. Qui peine à trouver sa place dans ce nouveau monde numérique qui impose ses propres régles.

A suivre...

Trackbacks

1. Le lun 06 fév à 12:38, de Politique et LL, le blog de Bix

L'eau en bouteille, le porno et le téléchargement : comparaisons

Les capitalistes n'aiment pas le progrès chez el ryu : L'argument santé tiens pas la route deux seconde sauf pour les nouveaux nés évidemment et les régions intensivement polluées. C'est donc beaucoup plus cher, beaucoup moins pratique, et sa...

Les trackbacks pour ce billet sont fermés.

Commentaires

1. Le mer 01 fév à 10:53, par FranZ

Merci pour cette analyse Astro !

2. Le mer 01 fév à 11:39, par Blandine   site

un article objectif, fouillé et complet comme je les aime !

3. Le mer 01 fév à 11:43, par Jules.

Bien vu en effet... Pourquoi ne pas brancher les majors sur radioblog ? Bon, en fait, c'est peut etre un peu risque d'attirer l'attention dessus... Mais si tu te demerdes bien: t'es millionaire (et sans devoir palucher Risoli ou je sais plus qui..) !!

4. Le mer 01 fév à 15:11, par Nothingmess   site

Bravo Astro pour ces constatations et propositions, peu de personne osent dire cette vérité qui est que le porno sur le net à toujours été un modèle en terme d'adaptation face aux nouveaux usages et contraintes liés à Internet.
Les majors de la musique ne sont que des culs sérrés :p

5. Le mer 01 fév à 16:02, par Chryde   site

La Blogothèque lit ton post et rit du haut de sa montagne d'or. Nous penserons à toi lors de notre séminaire "indie rock et jolies poupées" à Madras. Si tu as besoin d'argent, appelle nous, il doit nous rester 38 centimes d'euros.

6. Le jeu 02 fév à 17:35, par After8

En gros il y a plus de chances de voir les groupes de rock se foutre à poil que de voir les actrices porno monter un groupe...

Dommage.

7. Le jeu 02 fév à 22:38, par Grumly   site

Bravo pour cette analyse Astro. Mais que gagne les artistes (bon, je ne sais pas si ce terme s'applique au porn) au final ? il est intéressant de voir le parcours de Zazie qui fonctionne bien avec sa Major, fait ce qu'elle veut (sortir un DVD avec les clips de TOUS les morceaux de l'album au moment de la sortie, ce n'est pas donné à tout le monde...Daftpunk peut-être) et commence à suivre certains des réceptes que tu exposes ici (site dédié, mailing list relativement active, extraits en avant première).
à quand le nouveau Radioblog ?

8. Le ven 03 fév à 00:51, par pradoc

La Blogothèque est uniquement un site érotique, fait pour faire saliver les lecteurs et auditeurs. Nous sommes à l'industrie ce que la Série Rose est au monde pornographique.
C'est ensuite que ça se corse.

9. Le sam 04 fév à 23:33, par bruno

très intéressante comparaison mais justement : Est-ce si rentable que ça le porno ? les masses d'argent générées par le commerce du sexe sont énormes, mais qu'en est-il au niveau individuel ? j'ai souvent entendu John B Root par exemple pleurer sur les petits budgets des films, et c'est vrai qu'ils sont ridicules en regard de l'importance du porno en terme commercial. Je ne parle même pas de ce que sont payés les acteurs.

10. Le dim 05 fév à 17:37, par Jay   site

Jolie analyse.
Mais faire l'apologie du porno au travers d^'une rubrique de téléchargements payants, avec des femmes fontaines hors-normes et du (very)hardfucking et en comparant le tout avec l'industrie de la musique, je trouvé ça léger.
En plus l'accessibilité est un point primordial mais oh combien pervers. En effet même à 12 ans on peut avoir accès à un téléphone. Et je connais peu de gens qui scrutent leur facture de téléphone numéro par numéro.
Alors l'accessibilité? Primordial quitte à se moquer des conséquences?
Ca me laisse songeur...

11. Le dim 05 fév à 19:44, par Cap C   site

Si je puis me permettre, je ne crois que ce dont il est question ici soit de défendre l'industrie du porno, mais bien plutôt de comparer deux méthodes de e-marketing : l'une marche, l'autre pas. L'une est proche de ses consommateurs, utilise le web de façon ouverte et intelligente, l'autre se renferme sur ses acquis et crée à terme un effet contraire à celui recherché. Pour tous ceux que le e-commerce intéresse, fournisseur ou consommateur, et quel que soit le produit, cette analyse de deux marchés présentant de nombreuses similitudes mais employant des méthodes radicalement différentes, est extrêmement instructive.

12. Le lun 06 fév à 11:16, par Turpitudes   site

A Jay : Benoît est capable de répondre et le cas échéant de se défendre tout seul, mais la critique sur l'accessibilité du JdP et ses rubriques commerciales comme les vidéos de SmartMovies tombe à côté, et j'y réponds parce que je me sens, du coup, un peu concerné.

On sait qu'on trouver absolument tout sur Internet, et les parents qui souhaitent restreindre certains accès à leurs enfants (à 12 ans, c'est légitime à mes yeux) doivent installer des logiciels adéquats pour filtrer/interdire les sites qui ne correspondent pas à leurs critères, qui sont personnels et qui d'ailleurs peuvent être très différents d'une famille à l'autre.

Il existe pour cela une norme, un standard, ce sont les balises ICRA, reconnues par tous les logiciels de filtrage du marché. Ces balises déclaratives décrivent un site, sur différents aspects : langage, violence, nudité, etc. Après, chacun choisit de régler le niveau de son logiciel de filtrage sur les degrés adéquats pour lui.

Le JdP (comme Turpitudes.com et bien d'autres sites) utilise ces balises ICRA, et tout très jeune internaute qui tente de s'y connecter via un logiciel de filtrage échouera. C'est standard, c'est simple et ça laisse toute latitude à l'utilisateur (ou aux parents) de définir ses propres zones de restriction. Difficile d'échapper à la citation classique "La pornographie c'est l'érotisme des autres".

Enfin, Jay, la balise <meta name="rating" content="14 years" />, elle, n'est pas du tout standard et n'empêchera pas un internaute de 8 ans de surfer tranquillement sur Chicheux.ch...

13. Le mar 07 fév à 09:56, par Jay   site

Pour turpitude: Je te propose un constat ludique: Choisis des parents au hasard, dans la rue, à la Fnac, bref, où tu veux et demande-leur ce qu'est une balise ICRA. Je suis sûr que tu serais pas tant que ça surpris de leur méconnaissance du sujet.
Et quand je parle accessibilité je ne parle pas du JdP, car il est finallement très peu raccoleur. Je parle juste du système d'achat des vidéos. Accessible à toute personne qui peut utiliser un téléphone. Effectivement c'est très bien trouvé au niveau du marketing mais c'est, comme trop souvent, fait dans un esprit uniquement pécunier, en se foutant bien de la possibilité que des enfants téléchargent ce type de vidéo.
Moi aussi, j'ai hésité à mettre un vidéoclub sur chicheux. Bhen oui, 640€/mois, ce serait bien plus que je n'aurais jamais imaginé gagné avec mon site. Mais non. Finallement je me dis que je peux aussi faire tourner un site sans ce genre de contenu et que j'ai un peu de responsabilité vis-à-vis des images et vidéos accessibles sur mon site.
Et je crois que c'est là que je veux en venir. Tu sembles très bien t'y connaître en matière d'internet, tout comme Astro. Et c'est donc à vous de ne p0as tomber dans ces biais là. Beaucoup trop de gens n'y connaissent strictement rien à Internet mais s'y confortent volontier contre quelques centaines d'euros.
Mais en tout cas merci pour ta réponse, ça prouve que tu en as visiblement quelque chose à faire.
(Et Astro, ce n'est aucunement une attaque contre le Jdp)

14. Le jeu 09 fév à 23:50, par mind

on parle pas de eve angeli qui paraine le salon de l'erotisme depuis que la radio numero un en france, et entre autre son ancienne boite de production qu'elle a quittée, ne diffuse plus ses disques. :oD

avant on avait les stars qui percaient grace au porno, maintenant on a les stars qui en sont au point d'en faire pour rester sur le devant de la scene...

15. Le mer 15 fév à 00:47, par ralphy   site

L'industrie pornographique s'adapte mieux que l'industrie musicale, certes. Cependant, les meilleures ventes de l'industrie musicale sont de très loin supérieures aux meilleures ventes pornographiques. Si l'on considère la pornographie comme un marché de niche, ou du moins un terrain plein de niches en tous genres, certes, cette prolifération leur profite, mais les majors ne veulent pas de niches, elles veulent du grand public qui touche tout un chacun, de 7 à 77 ans. Et la manière dont ils le font a l'air de mieux marcher que la solution de la marque blanche sur un site tantôt professionnel, tantôt amateur comme il y en a des millions un peu partout.

Les majors préfèrent maîtriser leur marketing, c'est bien pour cela que tu n'as droit qu'à 5 % de la vente, car les majors financent l'intégralité du marketing, et tu ne fais que profiter de la vente, que les diverses boutiques estiment à seulement 5 %. En face, avec les millions de sites pornographiques dotés de peu de moyens, la solution trouvée est justement la marque blanche, donnant aux webmasters un produit à promouvoir entièrement à leur charge, d'où une plus forte rémunération, généralement en effet de l'ordre de 50 %.

D'ailleurs, ceux qui sont pour une licence globale des oeuvres de l'esprit, permettant de télécharger toute la musique que l'on souhaite contre une somme forfaitaire correspondante, ce sont des petits labels indépendants, des niches, donc, comme pour le porno. Les majors, elles, s'opposent farouchement à ce type de solution, le marketing ayant alors moins d'influence sur la propagation de la musique...

En effet, si l'on doit se contenter d'un album par mois, quand on a 15 ans, on n'achète que le haut du TOP 50. Quand on peut télécharger sans limite, on écoute le haut du TOP 50, ainsi que le bas... Bref, la répartition des bénéfices change sensiblement.

M'enfin, j'aime l'idée d'une solution DRM où un simple code obtenu par un coup de fil permet de déverouiller l'accès au morceau. Oui, une idée séduisante... Une réelle solution ?

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